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Les Yoga Sutras de Patanjali

Qu'est-ce que le yoga ?

Les 4 premiers sūtras du 1er chapitre nous permettent de situer d'emblée la place que tient Patanjali dans l'histoire de l'esprit humain: il apparaît comme le plus grand savant - au sens scientifique du terme - de tous les temps : comparable à Einstein pour ce qui est de son génie et de sa précision mathématique. Car il a réussi à énoncer les lois absolues du mental humain en formules comparables à des équations mathématiques : ce sont les Sūtras.

Il suffit de déchiffrer ces formules et de s'en servir, de les mettre en pratique, pour que la transformation de la conscience survienne inévitablement. Et nous savons tous que sans cette transformation, il n'y a pas d'avenir pour l'humanité.

Le Yoga, c'est donc essentiellement l'action que chacun de nous peut entreprendre sur soi-même dans cette optique.

Et Patanjali nous donne tous les moyens de nous connaître et de nous dépasser.

Les Sūtras sont énoncés en formules sanskrites tellement denses que toute traduction, toute interprétation diminue considérablement leur potentiel énergétique et par là même les dévalue.

On est réduit à expliquer de façon spéculative ce qui concerne la racine même de notre être.

Les 4 premiers sūtras présentent magistralement, et sobrement ce qu'est la démarche essentielle du yoga, en petites formules à puissance nucléaire:

1. Atha yoga-anusanam

"C'est maintenant que le yoga va être transmis"

2. Yoga Chitti-vritti-nirodhah

"Le yoga, c'est rendre le mental silencieux."

3. Tada drashtuh svarupe avasthanam

<<Dans ces conditions, le "Moi", l'"Être-Témoin", peut retrouver sa véritable identité: "Alors la Pure Conscience de l'Être réside dans sa nature essentielle.>>

4. Vritti sarupyam itaratra

"Sinon, en s'identifiant avec ce qui se passe dans le mental. Elle apparaît sous l'aspect de toutes ces pensées changeantes."

 

Sūtra n°1

Il est remarquable que le premier mot du Yoga Sutra soit "Atha", qui signifie littéralement "après", "par la suite", "maintenant". Mais il est aussi utilisé pour les textes traditionnels pour indiquer que le maître s'apprête à initier le disciple à un nouvel enseignement. Il apporte une notion de prière et de bénédiction.

C'est le "premier" des mots.

Fondamentalement, il indique qu'on est prêt pour faire l'expérience du yoga.

Être prêt pour le yoga, ce n'est pas en faire une croyance ou une religion.

Au contraire, c'est avoir renoncé à tout espoir, à toute projection, à toute spéculation autour de ce mot. C'est être là, présent, dénudé, dépouillé, ouvert.

Alors, dit Patanjali, maintenant que vous êtes prêt(e) à entendre, à recevoir, je peux vous transmettre le yoga.

Sūtra n°2

Il faut ré-éduquer le mental. Le mental est une énergie, une fonction, un mouvement. Seule existe la Conscience, dont il est l'instrument d'expression privilégié.

On l'appelle le "Citta".

C'est pourquoi il est à la fois notre salut - dans la mesure où il se rend transparent à cette Conscience - et notre perte - quand il en obscurcit la clarté.

Comme les vagues d'un lac agité, la dispersion anarchique des pensées nous empêche de vivre les évènements de la vie d'une façon libre et harmonieuse. Ces mouvements d'énergie du mental (les Vrittis) sont inhérents à notre structure cérébrale. Le problème n'est donc pas de les annihiler, car l'activité mentale est le propre de l'homme.

Mais il s'agit de modifier la qualité de l'énergie qui les anime: il s'agit de le ré-équilibrer entièrement en restituant au mental une dimension de silence sans laquelle il est menacé de sombrer dans la division, l'anarchie, la folie.

Cette dimension profonde correspond à un état de relaxation intérieure sur les plans conscients et inconscients.

Et c'est d'elle-même qu'émane une forme d'énergie non-cérébrale, non-conditionnée, vacante, libre : l'énergie de la Pure Conscience. À partir d'elle, la pensée, le mot, le geste, la parole deviennent justes, et retrouvent leur véritable pouvoir.

Lorsque le mental est devenu silencieux en profondeur, que ses mouvements d'énergie, ses "Vrittis" coulent harmonieusement dans la même direction, comme l'eau d'un torrent, c'est l'état de NIRODAH, l'état de Yoga.

Le Yoga, c'est donc à la fois le moyen qui permet d'entreprendre cette totale ré-éducation de soi, et le résultat de ce travail : un état où l'énergie non-conditionnée opère à partir de l'être tout entier et non pas à partir d'un mouvement particulier du mental.

Il débouche donc sur une plénitude des facultés de la pensée, du verbe et de l'action.

Il s'agit là d'un travail d'une précision et d'une rigueur quasi-scientifiques : comment éliminer les obstacles qui, en nous, s'opposent à la libre-circulation de cette énergie.

Quand le mental est rendu silencieux, c'est notre identité profonde qui apparaît.

Qui sommes-nous foncièrement ?

L'Être et la Conscience ne font qu'un. On pourrait commenter longuement ce sujet, qui pourtant ne relève que de l'expérience. Mais il est ici plus regrettable qu'ailleurs de se livrer à des spéculations verbales (c'est-à-dire mentales) et de ternir ainsi l'éclat et la beauté mystique de ce Sūtra qui reflète vraiment le summum de l'adoration yogique :

"Alors la Pure Conscience de l'Être ("Drashtu", celui qui Voit) est établie dans sa nature essentielle."

Sūtra n°4

Mais lorsque le mental est soumis aux fluctuations désordonnées et conditionnées qui obscurcissent le champ de la Conscience, nous perdons notre identité, nous nous identifions à toutes les pensées qui nous traversent (Vritti sarupyam).

L'être est toujours présent, il y a toujours "conscience de quelque chose" mais cette conscience est erronée: c'est la source de toutes les souffrances.

Comment devenir maître du mental au lieu d'en être l'esclave ? Comment apprendre à s'en servir, puis à le dépasser ?

C'est la grande question-réponse du Yoga, et c'est aussi la question-clé de toute la condition humaine.

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